Malmenée comme tous par les vents contraires du confinement et du déconfinement, ETO revient de plus belle avec l’interview de porteurs d’un projet qui vous fera probablement rêver. On vous laisse découvrir par ces quelques lignes qui sont les jeunes aventuriers à la barre de la goélette Hirondelle, et qui prouvent par A+B, que lorsque l’on veut… on peut.

 

– Salut à vous deux ! Vous vous apprêter à appareiller avec votre belle goélette, Hirondelle. Pourquoi faire ? Pouvez-vous résumer en quelques phrases votre super projet, Sailing Hirondelle ?

Salut Pascal ! C’est vrai qu’Hirondelle se distingue un peu avec sa poupe rouge, ses mâts en bois et son grand beaupré… Sailing Hirondelle c’est une association brestoise qui porte le projet « Expédition Sea the Future », un an sur les mers d’Europe du Nord Ouest pour aller à la rencontre des habitants du littoral, récolter leurs témoignages sur leur relation à l’océan, et transmettre leurs solutions pour un rapport plus durable avec ce-dernier. Hirondelle servira de camps de base itinérant, accueillant à son bord les bénévoles de l’association (navigants, artistes, vidéastes, écrivains, influenceurs, etc.) pour créer ensemble des supports de sensibilisation à la relation humain-océan.

– Qu’est-ce qui vous a amené à imaginer un tel projet ?

(Louise) J’avais travaillé sur le projet Européen « ResponSEAble », qui cherchait à créer et tester des outils d’éducation à l’océan adaptés au public ciblé, afin d’accroître les chances de modification du comportement de l’acteur en question. Cette expérience, très enrichissante, m’a donné envie de poursuivre cet engagement dans un cadre associatif, qui permet de travailler de manière plus interdisciplinaire, libre et inclusive. Dès que j’ai commencé à en parler autour de moi, des personnes motivées ont commencé à se rallier à nous, ce qui a très rapidement amené à la création de l’association.

– Parlez-nous un peu du bateau en lui-même ! D’où vient-il ?

Hirondelle est un voilier assez atypique : inspiré des plans d’un architecte du début du 20e siècle, Herreshoff, dessiné et construit par Jan Bakker, un néerlandais vivant dans le Doubs, la goélette est pleine d’histoires et semble avoir toujours su fédérer. Les mâts ont été offerts par un voisin, qui avait plusieurs pins Douglas qui pouvaient servir d’espars. Le nom vient des hirondelles qui revenaient nicher chaque année dans le bateau tout au long de sa construction. Le dessin de la descente était faite sur mesure pour le (grand) chien des constructeurs. Ils ont ensuite navigué quinze ans, en Méditerranée et en Mer Noire, avant de revenir dans le Doubs et laisser Hirondelle continuer son voyage.

– Pouvez-vous nous donner un peu votre parcours académique et professionnel à l’un et à l’autre ?

Aurélien : Malgré mon relativement jeune âge, j’ai eu plusieurs vies. J’ai d’abord commencé ma vie d’adulte par des études en ingénierie, que j’ai arrêté avant le Master. Je voulais voir autre chose que les études, alors j’ai passé le concours de pompiers de Paris, où j’ai ensuite passé 11 ans. Voulant changer d’air, et de vie, j’ai décidé de suivre une autre passion : la voile. Après des années à encadrer des stages de croisière à l’école de voile des Glénans, j’ai décidé d’entamer une reconversion en maintenance nautique. C’est grâce à cette expérience variée que j’ai pu mener à bien le chantier de restauration d’Hirondelle tout en montant le projet et la logistique qui en découle.

Louise : Dès l’enfance je savais que je voulais travailler dans le domaine de l’environnement, mais je ne savais pas du tout comment y arriver. Après un baccalauréat ES, j’ai fait une année de classe préparatoire D1 (économie et droit), à la fin de laquelle j’ai intégré Sciences Po Bordeaux en première année. L’approche interdisciplinaire de l’école me plaisait, et me permettait de « garder des portes ouvertes » le plus longtemps possible. En Master, j’ai opté pour les Politiques Internationales, en prenant l’option « Bien Publics Mondiaux », où je travaillais autant que possible sur des sujets liés à l’océan et au climat. Cela m’a amené à travailler à la coordination du conseil scientifique de la Plateforme Océan et Climat à Paris, puis de gagner la Bretagne (la mer me manquait trop) d’abord en tant que bénévole sur le projet d’Under the Pole puis sur le projet européen H2020 ResponSEAble, à Océanopolis.

 

– Qu’est-ce qui dans ce parcours vous a aidé à préparer ce projet ?

Un peu de tout… et surtout beaucoup de rencontres passionnantes qui nous ont encouragé, aiguillé, et de personnes qui ont rejoint l’équipe parce que le projet résonnait chez eux. Il y a aussi eu le bateau. Hirondelle fédère tellement facilement, et tape à l’oeil. Dès son arrivée à Brest,  elle a su attirer du monde pour s’occuper d’elle et participer aux travaux. Elle semblait faite pour porter les couleurs de l’océan et nous amener à la rencontre des habitants des littoraux. Naturellement, l’idée du projet s’est scindé avec l’identité du voilier, pour nous amener à Sailing Hirondelle.

– Et vos autres équipiers, quel profil ont-ils ?

 Ils n’en ont pas ! Ou plutôt si, tous aiment la mer (de plus ou moins loin), aiment la nature, l’aventure, les rencontres, l’échange, et le partage. Mais ils ont tous des formations, parcours, expériences et forces différentes : certains sont artistes, photographes, ou musiciens, d’autres sont des écrivains, communicants, spécialistes de l’océan, ou encore étudiants ou marins. Chacun est là pour apporter ses compétences au projet, ce qui fait qu’on se complète bien et que la participation au projet est enrichissante pour tous.

 Qu’est-ce-qui a été le plus difficile et le plus génial dans toute la préparation de ce projet ?

Le plus difficile… peut-être de garder le rythme. La préparation d’une expédition, c’est assez intense. Il ne faut rien oublier, s’imposer une date, et être certain que tout soit prêt au moment du départ – la sécurité est primordiale ! On a fait une préparation d’un an, ce qui semblait être assez court pour garder un rythme intense, et assez long pour avoir le temps de bien préparer la goélette.

Le plus génial : le soutien qu’on a eu. On est une petite vingtaine dans l’association, tout ça en moins d’un an d’existence, et c’est le projet de chacun d’entre nous.

– Que conseilleriez-vous à un lycéen ou un étudiant qui souhaiterait participer, voire monter un projet similaire ?

Participer à un projet permet de voir de l’intérieur la réalité des coulisses. C’est intense, c’est épuisant, mais c’est très enrichissant ! Alors avant de monter un projet, c’est intéressant de voir des projets similaires, qui peuvent te passionner et te motiver. Et ensuite, il faut y aller – si possible bien accompagné !

 – Comment avez-vous géré le côté financier, sans boulot à côté ? C’est souvent ce qui fait peur à tous ceux qui remettent leur rêve à plus tard…

Depuis quelques années on économisait pour s’acheter un voilier et pour les travaux. Donc on avait un petit budget, qui nous a permis d’acheter et de ramener Hirondelle à Brest. On a chacun travaillé six mois sur l’année de préparation, et quasiment tout notre salaire passait dans le bateau. L’association a mené une campagne de financement participatif, où nous avons récolté un peu plus de 8000€, ce qui permettait de lancer l’expédition, et dans le même temps on a eu le soutien en matériel et compétences de plusieurs entreprises, notamment sur les grutages, la sécurité à bord, des tenues, et la communication. L’expédition est lancée !
Les premières années d’un projet sont difficiles financièrement, mais on savait qu’au pire on aurait un bateau (notre maison), et qu’il n’y a qu’à chercher du travail plus traditionnel !

– Des derniers conseils si l’on veut se lancer sur mer comme vous allez le faire ?

Toutes les routes peuvent mener à la mer ! La mer, c’est le milieu naturel, le commerce, l’exploitation, le tourisme, les sciences (et les sciences sociales et humaines), le sport, la navigation, l’art, alors il n’y pas qu’une seule façon de prendre la mer. C’est important aussi de s’instruire, de lire, d’aller à des conférences, et de parler aux gens. Ces dernières années, on voit une multiplication des projets de sensibilisation, notamment à la pollution plastique, problématique très visible et médiatisée. Signe d’une véritable prise de conscience, on ne peut que féliciter ces initiatives. Dans cet élan positif, ce serait dommage de passer à côté des belles initiatives qui existent déjà, de ne pas rencontrer le tissu associatif et entrepreneurial existant, et de proposer quelque chose de cohérent, qui puisse travailler en lien avec les autres associations. Il paraît qu’on va plus vite tout seul, plus loin ensemble… Mais je serais tentée de dire que bien souvent on va à la fois plus vite et plus loin ensemble !