Pour ce début d’année 2019, Earth To Ocean vous souhaite ses meilleurs vœux et vous emmène découvrir le parcours et le métier de Laura Barth, à la fois chargée d’étude, plongeuse scientifique et à la tête du projet POLARIS de « sciences participatives » au sein de Septentrion Environnement  à Marseille.

Un job pareil vous semble tout aussi génial qu’impossible? 

Laura nous explique son parcours et toute sa passion pour la plongée dans cette interview en direct des calanques.

– Salut Laura, quel âge as-tu aujourd’hui et peux-tu nous expliquer ce que fait ton entreprise, Septentrion Environnement ?

 » Salut, j’ai 26 ans et je travaille chez Septentrion Environnement, association se situant à Marseille, depuis un peu plus de 2 ans. Nous sommes plongeurs biologistes marins et nous avons plusieurs thématiques de travail.

  • Nous menons ou nous participons à des projets scientifiques qui permettent d’acquérir des connaissances sur le milieu marin. Nos sujets de prédilection sont principalement axés sur le corail rouge, les gorgones, les paysages sous-marins ou les poissons des petits fonds côtiers.
  • Nous avons une école de plongée environnementale où vous pouvez tous venir plonger. Nous proposons des formations en plongée de loisir et des explorations (balades sous-marines) Nous vous formons du baptême au monitorat. Nous proposons également des formations en plongée professionnelle avec différents matériels de plongée (bouteille d’air, nitrox, recycleur).
  • Nous utilisons différents moyens de médiation pour communiquer sur nos activités et ouvrir le milieu marin au grand public. Nous réalisons entre autres, des expositions photos, participons à des forums et festivals. Nous organisons également des duplex sous-marins où un plongeur entre en interaction directe avec un public resté à terre. Grâce à un masque facial et une caméra, le plongeur peut parler et échanger avec des personnes restées au sec qui bénéficient d’un retour en images et vivent la plongée en temps réel. Les duplex peuvent également être retransmis en direct sur Facebook.

 

Pour effectuer toutes nos activités, nous utilisons plusieurs outils que vous pouvez trouver sur notre site internet : https://septentrion-env.com/outils

Nos actions sont principalement effectuées à Marseille et en Méditerranée mais il nous arrive parfois de nous déplacer à l’étranger, dans d’autres mers et océans (Australie, Guadeloupe, Sénégal, Italie etc.).

N’hésitez pas à consulter notre site internet et à nous suivre sur nos 2 pages Facebook ainsi que sur Instagram où vous trouverez toute notre actualité.

  • https://septentrion-env.com
  • Facebook : Septentrion Environnement et Ecole de Plongée Septentrion Environnement
  • Instagram : Septentrion.Environnement.

 

– En quoi consiste ton travail au quotidien ?

Je suis responsable de notre programme POLARIS que nous développons depuis plus de 2 ans maintenant.

POLARIS est une plateforme d’observation du milieu marin qui propose aux plongeurs de loisir comme vous de participer à des observations en plongée sous-marine. Ces observations ont pour objectif de collecter des données sur plusieurs espèces ou habitats marins. Les données sont utilisées par des scientifiques et des gestionnaires pour compléter des études plus précises et contribuer ainsi à la connaissance et à la gestion du milieu marin.

Plus d’infos ici : https://septentrion-env.com/outils#POLARIS

Au quotidien, je développe des méthodes et outils qui sont adaptées aux plongeurs de loisir pour faire ces observations. Mon temps de travail se réparti entre le bureau et sur le terrain en mer. Conduisant cette plateforme de A à Z, je suis à la fois sur les volets administratifs, financiers, développement technique, animation et concertation avec différents acteurs qui s’impliquent dans la construction de ce programme. Aucune de mes journées ne se ressemblent. Je suis amenée à m’exprimer en public régulièrement et dois donc souvent adapter mon discours. Le travail sur le terrain est aussi très dépendant des conditions météo qui nous empêchent parfois de sortir plonger. L’adaptation est le maître-mot quand on travaille dans un métier en rapport avec la mer et encore plus dans une association où nous sommes peu nombreux et où chacun doit participer aux différentes activités de l’association. Il m’arrive donc parfois d’aider mes collègues pour accomplir les autres activités.

La recherche de financements pour faire vivre nos projets et nous permettre d’être payés représente également une grande partie de mon temps de travail. Rien n’est gagné d’avance!

 

logo-septentrion-environnement

 

– Quel est ton parcours scolaire (depuis le lycée) et professionnel avant tout ceci ?

Après avoir obtenu un bac scientifique, j’ai intégré (sur concours) une école d’ingénieur en agronomie où les domaines d’études étaient axés sur l’agriculture, l’agroalimentaire et l’environnement. Cette école, ISARA-Lyon (https://www.isara.fr/), proposait une prépa intégrée sur 2 ans, avant 3 ans de spécialisation dans un de ces 3 domaines. Me voici donc partie pour 5 ans d’études. La prépa intégrée était pour moi une solution idéale pour ne pas avoir à repasser un concours au bout de 2 ans sans certitude d’être admise en école supérieure par la suite. Sans lien avec le milieu marin dans ma vie de lycéenne et n’habitant pas proche de la mer, je ne connaissais pas ce milieu et je n’avais pas vraiment d’idée précise de ce que je souhaitais faire à ma sortie du lycée. Au départ, j’ai intégré l’ISARA pour me diriger dans l’agroalimentaire puis j’ai bifurqué dans l’environnement au fil des années puisque plus d’affinités avec le domaine environnemental (terrestre et marin).

A 18 ans, j’ai eu l’occasion de faire un baptême de plongée. A la fin de ma 1ère année à l’ISARA, nous devions réaliser un stage dans une ferme agricole. N’ayant que peu d’expériences à valoriser sur mon CV, j’ai indiqué dans mon loisir que j’avais fait un peu de plongée. Un couple d’agriculteurs tous les deux plongeurs, ont accepté de me prendre en stage et m’ont proposé d’aller plonger avec eux. J’ai donc passé mon niveau 1 de plongée et ce fut le déclic : je voulais travailler dans le domaine marin et être dans l’eau le plus possible, à travers la plongée.

J’ai donc continué mes études d’ingénieur en orientant mes stages en biologie marine. Je suis partie 3 mois à Malte pour travailler dans un laboratoire de recherche en biologie marine. Cette expérience m’a complètement lancée dans le milieu marin et particulièrement en plongée. J’ai beaucoup appris sur le terrain et ai obtenu mes premières connaissances générales sur le milieu marin méditerranéen (https://www.um.edu.mt/science/biology).

A mon retour en France, j’ai décidé de poursuivre mes stages en milieu marin. J’ai donc effectué un premier stage volontaire de 2 mois au sein du centre de recherche, le M I O (Institut Mediterranéen d’Océanologie), à l’université d’Aix Marseillehttps://www.mio.univ-amu.fr/?-Equipe-5-Ecologie-Marine-et-

J’ai travaillé en recherche sur les méduses. A l’issu de ce stage, j’ai enchaîné sur un mémoire de fin d’études (au bout de mes 5 ans d’études), toujours sur les méduses dans le même centre de recherche.

A l’issu des 5 ans, j’ai réalisé un master 2 en océanographie, spécialité « professionnelle » à l’université d’Aix Marseille : http://www.pytheas.univ-amu.fr/?-Master-Oceanographie-Oceanography-Master-

Ce master d’1 an (4 mois de cours + 6 mois de stage) me permettait d’enrichir mes connaissances théoriques en biodiversité marine et m’offrait la possibilité de toucher du doigt les autres domaines que la recherche, en relation avec le milieu marin (gestion, droit de l’environnement, réalité du terrain, etc.). A la fin de ce master, j’ai intégré Septentrion Environnement pour mon mémoire de fin d’études en tant que stagiaire où j’ai été placée sur le développement du programme POLARIS. A l’issu de mon stage, j’ai réalisé un service civique d’1 an chez Septentrion Environnement afin de continuer à développer POLARIS. N’ayant pas suffisamment de financements pour créer mon poste salarié, le service civique était la seule solution pour poursuivre le développement de ce programme et espérer créer mon poste. Après plus d’1 an et demi à travailler pour la création de mon poste, j’ai été embauchée en tant que Chargée de Mission POLARIS depuis mars 2018!

 

– Que t’ont apporté réellement ces études pour en arriver là  ?

Mes études d’ingénieur m’ont permis d’avoir des compétences et connaissances larges permettant de m’adapter à de nombreuses situations. Les stages sont indispensables pour acquérir des expériences sur le terrain et se rendre compte de la réalité des choses pour mieux s’orienter. Mes stages m’ont permis d’affiner mes envies et d’écarter des pistes qui me semblaient faites pour moi a priori. Les stages sont aussi une réelle opportunité pour rencontrer des professionnels du milieu. Le milieu marin est un petit monde, où tout le monde se connait : le réseau est indispensable pour évoluer et se faire une place. Il faut entretenir ce réseau constamment et ne pas hésiter à l’élargir.

Les expériences à l’étranger sont une grande opportunité pour s’ouvrir au monde, découvrir d’autres choses, rencontrer, gagner en expérience. N’hésitez pas à partir pendant vos études (stages, césures, échanges étudiants, etc.). Beaucoup de dispositifs permettent de le faire aujourd’hui.

 

– Es-tu arrivée dans le milieu maritime totalement par hasard ou est-ce quelque chose qui t’attirait depuis longtemps malgré tout? 

Je n’avais aucun lien avec le milieu marin pendant mon enfance. Personne de ma famille ne travaille dans ce milieu et je ne connaissais rien de la mer. J’ai cependant toujours été attirée par l’eau sans savoir pourquoi. Je lisais beaucoup de documentation sur ce monde marin qui me paraissait inaccessible. Je ne pensais pas pouvoir avoir un métier en lien avec le milieu marin. Mon baptême de plongée a réellement été le déclic qui m’a poussé à me renseigner sur la possibilité d’allier études scolaires avec la mer, sans renoncer à mes études d’ingénieures dans lesquelles je m’étais lancée et qui me plaisaient.

 

– Qu’est-ce qui te plait le plus dans ton métier ? Le moins ?

J’aime vraiment la partie terrain de mon métier : le contact avec la mer, la plongée mais aussi l’interaction avec différents publics qui participent à POLARIS. L’animation et la réflexion pour développer et nourrir un projet sont aussi très intéressantes. Mon métier m’offre beaucoup de liberté et de flexibilité : pas d’horaires, les journées ne se ressemblent pas. Travailler dans une association professionnelle est aussi plaisant puisque nous sommes une petite équipe et que je peux prendre part à toutes les réflexions qui se rattachent à la gestion d’une structure comme la nôtre. C’est très enrichissant pour moi de voir tous les côtés de la gestion d’équipe et de projets. Ces compétences ne s’apprennent pas pendant les études et sont pourtant indispensables dans une carrière professionnelle.

Ce qui me plait avant tout, c’est de pouvoir pratiquer ma passion à travers mon métier : plonger pour travailler !

Les côtés les moins plaisants résident dans l’incertitude, la nécessité de chercher constamment des financements pour pouvoir dégager un salaire et gagner sa vie. Mon projet dépend essentiellement de financements publics qui dépendent de décisions politiques. Il faut sans cesse anticiper des décisions hypothétiques : parfois les financements ne sont pas tous obtenus et/ou mettent énormément de temps pour être versés.

 

– Que conseillerais-tu à un lycéen ou un étudiant qui souhaiterait travailler dans le secteur de la biologie marine … voire faire spécifiquement ton métier?

N’hésitez pas à diversifier vos expériences, en France et à l’étranger, dans différentes structures (centre de recherche, associations, organismes de gestion, etc.). Faites des stages pour être sur le terrain. Soyez curieux et persévérant, il y a peu de places et cela prend du temps. Entourez-vous de professionnels du milieu, entretenez votre réseau. Il y a 100 façons d’arriver dans le milieu marin, les hautes études ne sont pas une fatalité! Il existe des bacs professionnels orientés sur le maritime qui permettent une approche terrain beaucoup plus directe. Pour exemple, voici un lycée avec lequel nous intervenons pour former des lycéens : http://www.epl.valabre.educagri.fr/nos-centres/lycee-des-calanques-marseille/nos-formations/

Mon métier est une passion qui demande beaucoup d’investissement et rien n’est jamais acquis. Si vous voulez vraiment travailler dans le milieu (sous-) marin, persévérez, osez, renseignez-vous, entretenez un réseau aussi petit soit-il et multipliez les expériences!