ETO est allée à la rencontre de Marie Le Texier, jeune entrepreneuse brestoise qui a fondé ConsultantSeas, un cabinet de conseil en stratégies de gestion « plastiques » pour les entreprises et autres organisations, qui voient souvent leurs objets finir à l’eau ou sur nos plages.

Car chaque minute, ce sont 15 tonnes de plastiques qui finissent dans l’océan (oui, c’est incroyable, mais cela en fait bien 8 000 000 de tonnes par an – le poids de 20 000 Airbus A380).

Elle nous raconte son parcours, son amour pour la mer et nous donne ses conseils pour se lancer seul dans l’aventure entrepreneuriale.

 

– Bonjour Marie, tu as aujourd’hui 29 ans et tu as lancé en 2018 ConsultantSeas avec ton associé, peux-tu nous en dire plus sur ton entreprise ?

« ConsultantSeas est une agence de conseil spécialisée dans les stratégies de réduction de la pollution plastique marine. Nous accompagnons les entreprises de la chaîne de valeur du plastique – des producteurs de matière plastique aux entreprises de gestion de déchets en passant par les grandes marques qui utilisent ces plastiques dans leurs produits et emballages – dans leurs engagements et leurs actions de réduction du plastique en milieu marin.  Nous travaillons aussi de plus en plus avec les organisations internationales et les ONG : nous facilitons un engagement durable du secteur privé dans leurs programmes Plastiques & Océan.

Quelles études et expériences professionnelles as-tu réalisées avant cela ?

J’ai toujours travaillé sur l’eau, douce et salée ! A 17 ans, je rêvais de vivre sur la mer et de voyager. Je me suis alors orientée vers le métier d’officier de marine.  J’ai effectué mes classes préparatoires au Lycée Naval à Brest. Après avoir obtenu mes concours, j’ai finalement choisi de ne pas entrer à l’Ecole Navale et de poursuivre en école d’ingénieur civile.

Je suis entrée à l’ENSEEIHT (N7) à Toulouse en spécialité Sciences de l’Eau et de l’Environnement. Cela m’a permis de découvrir l’océanographie et l’hydrologie lors de mes stages de 2nde et 3ème année, effectués à l’Institut de Recherche pour le Développement au Pérou et au Brésil successivement. Ma soif de découvrir le monde a commencé à être assouvie.

Grâce à un partenariat de l’N7 vers Sciences Po Paris, je suis entrée directement sur dossier et entretien en Master de Politiques de l’Environnement.  J’ai ainsi pu compléter mon parcours en sciences physiques par des disciplines de sciences humaines, tout en restant centrée sur la gestion de l’eau. J’ai conclu mon cursus universitaire par un stage au Laos au sein d’une agence des Nations-Unies.

A mon retour, j’ai rejoint l’équipe Eau du World Business Council for Sustainable Development à Genève : le WBCSD est une association qui effectue du conseil en développement durable auprès des 200 entreprises multinationales qui en sont membres. J’y ai travaillé 3 ans, sur un projet d’accès à l’eau et à l’assainissement d’abord puis sur la thématique plastique & océans. J’ai effectué une année de césure entre ces deux projets, pour devenir skipper au sein de l’Ecole de voile des Glénans en Bretagne, à Paimpol.

Et maintenant, ConsultantSeas, entre Brest et Paris !

– Qu’est-ce que ces expériences t’ont apporté pour pouvoir fonder ta propre entreprise ? Tu penses que tu aurais pu y arriver en faisant d’autres études ?

Oui ! Plus que mes études en tant que telles, je pense que ce sont certaines rencontres et expériences professionnelles qui m’ont amenée à fonder ConsultantSeas aujourd’hui. D’ailleurs, mon associé, Alexandre Le Vernoy, avec qui j’ai co-fondé l’agence a une formation très différente de la mienne (doctorat en économie).

Toutefois, mon parcours m’a clairement permis de développer certaines compétences sur lesquelles je m’appuie aujourd’hui : une expertise pluridisciplinaire, multi-secteurs et internationale sur l’eau tout d’abord. Cette capacité à jongler entre les cultures des différents pays et milieux professionnels facilite l’échange avec la variété de nos partenaires et clients. Par ailleurs, mon parcours m’a amenée à développer mes aptitudes « commerciales » : que ce soit dans la recherche de mes stages à l’étranger, à Sciences Po ou au WBCSD, j’ai été amenée à contacter de nombreux professionnels pour les convaincre de rejoindre le projet que je montais ou de m’accueillir dans leur équipe ! J’ai appris à aller au-devant des opportunités, à les créer.

– Que représente la mer pour toi, que penses-tu de son état actuel et des solutions qui naissent pour le préserver ?

La mer est une passion, vous l’aurez compris. Je navigue, je surfe, je découvre la planche à voile depuis peu et il ne se passe pas une semaine sans que je ne mette un orteil dans l’Atlantique ! Quand on aime « profiter » de la mer, on ne peut faire autrement que de vouloir la protéger, je crois. Ellen MacArthur elle-même a créé sa propre fondation pour protéger l’environnement – marin entre autres – suite à une prise de conscience lors de ses dernières courses (non que je veuille me comparer à ce marin hors pair).

La mer a en effet besoin d’être protégée, non seulement de la pollution – plastique, sonore, chimique, ou pétrolière – mais aussi des effets du changement climatique, de la surpêche, et de l’érosion de la biodiversité marine plus largement.

Loin de vouloir dramatiser, je suis au contraire une grande optimiste. Force est de constater que les solutions se multiplient : il y a plus de 1400 engagements volontaires auprès des Nations Unies sur la thématique Mer ! Ces actions accroissent la prise de conscience par les différents acteurs, qui à leur tour engendrent de nouvelles solutions. A la manière du film Demain, je suis convaincue par le pouvoir positif qu’engendre le fait d’agir, chacun à son échelle.


 

– Qu’est ce qui te plaît le plus aujourd’hui dans ton métier ?

Je me lève tous les matins en me disant que j’ai une chance incroyable ! J’aime avant tout le cœur de mon métier, son sens : travailler à accompagner les grandes entreprises dans un monde en pleine transition, pour les amener par petites touches à prendre en compte l’océan dans leurs décisions économiques de tous les jours. Un changement si petit soit-il de la part d’une entreprise telle que Coca-Cola ou Nestlé a le pouvoir de faire changer les choses !

En termes de type de fonction, j’aime que mon travail soit aussi créatif et diversifié : il faut sans cesse se réinventer, se renouveler, aller imaginer de nouvelles pistes de travail, de nouvelles offres et cibles. Et enfin, j’aime ce mode de travail assez libre, sans autres contraintes que celles que je m’impose. Je suis très auto-disciplinée, alors cela me convient particulièrement bien ! Mon nombre d’heures de travail n’a pas changé depuis mon dernier emploi – il a même plutôt augmenté – mais je me sens simplement plus libre de mon temps et de mes déplacements.

– Que conseillerais-tu à un jeune lycéen ou étudiant qui souhaiterait travailler en rapport avec les océans ?

  • Ne pas hésiter à contacter des professionnels de la Mer pour les faire parler de leur métier ! La mer rassemble beaucoup de passionnés. Et a priori, nous aimons faire partager notre expérience !
  • Rester ouvert aux rencontres et possibilités qui s’ouvrent : le monde professionnel de la mer est vaste, et de mon expérience, certaines rencontres imprévues peuvent ouvrir de nouvelles possibilités que vous n’auriez peut-être pas envisagées. Dans mon cas, j’ai eu plusieurs mentors successifs – professeur d’université, maître de stage, chef – qui m’ont amenée à naviguer de la mécanique des fluides à l’océanographie puis à la gestion de l’eau et enfin aux déchets marins. Des méandres imprévus mais tellement enrichissants !

– Et que dirais-tu à quelqu’un qui voudrait comme toi monter sa boîte ?

  • Ne pas avoir peur : beaucoup de personnes de l’entourage, plus ou moins proche d’ailleurs, auront tendance à avoir peur à votre place. Et par conséquent à vous transmettre cette peur, au risque de vous décourager. Monter une entreprise demande de l’énergie positive, la foi en votre projet et en vous-même, et de la persévérance.
  • Mais garder les pieds sur terre : car toutefois, la peur de vos proches est légitime. Monter son entreprise demande avant tout de pouvoir subvenir à ses besoins durant toute la phase de lancement, qui dure en général un an a minima. Il faut aussi savoir que l’on se sent parfois seul, sans structure et les filets du salariat.

Et enfin, entourez-vous : Dans ces phases de bas, il est particulièrement important d’être entouré. Dans mon cas, j’ai fait le choix d’avoir assez vite recours aux services d’un expert-comptable, car j’avais peur de ne pas maîtriser l’ensemble des exigences administratives françaises. Et je passe l’essentiel de mon temps à « réseauter » : développer et créer mon réseau professionnel, de prospects, clients, fournisseurs, conseillers, experts. S’entourer, c’est à mon sens l’une des clés principales de toute réussite entrepreneuriale. »